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Archive de la catégorie Réactions
Savoir raison garder…
5.5.2008 par dgounord.
Deux discours du Président de la République, celui de Latran puis celui de Ryad, ont soulevé bien des polémiques et bien du tumulte. L’actualité a rapidement glissé vers d’autres sujets, mais le feu se rallumera, cela ne fait aucun doute, à la première étincelle.
Quel est donc ce sujet si explosif ? La religion, tout simplement, sa place dans notre société. Dès que le terme de laïcité est prononcé, ou que la loi de 1905 est évoquée, il semble que de vieux conflits, de vieilles passions se réveillent.
J’ai eu la curiosité de lire en détail la loi de 1905. Certes, les nombreuses référence à la loi du 18 germinal an X lui confèrent un parfum d’archaïsme. De même, le paysage religieux qui est traité dans cette loi est clairement d’un autre âge. Mais ce qui me paraît fascinant, c’est le bruit et la fureur autour de la question. Je ne sais pas s’il est important ou même utile de rajeunir la loi de 1905, mais je ne vois pas non plus en quoi cela serait choquant.
Pour tout dire, si la laïcité signifie une véritable neutralité de l’Etat, et par conséquent si l’appareil législatif et réglementaire ne menace pas les convictions philosophiques, religieuses ou spirituelles de chacun, les choses me vont bien en l’état. Et c’est là tout mon étonnement : pourquoi tant d’émotion ?
Il me semble que l’explication réside dans les racines historiques de la loi de 1905, qui fut l’aboutissement d’une longue et difficile évolution.
Premier acte, les philosophes des Lumières. En langage moderne, on les qualifierait d’écrivains engagés. Ils avaient en commun de promouvoir la Raison : pour eux, les guerres –de territoire ou de religion – provenaient des passions, tandis que la raison était le seul guide légitime des individus et des sociétés. Ils avaient aussi en commun de lutter contre les pouvoirs qu’ils jugeaient opprimants de l’Eglise et de la Monarchie.
Deuxième acte, la révolution française avec les idéaux républicains et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Troisième acte, à la fin du XIX° siècle et au début du XX°, un anticléricalisme farouche emportait la société française dans une forte tempête politique, au nom d’une Raison qui se revendiquait des philosophes des Lumières, mais qui en avait perdu la flamme profondément humaniste et la grandeur d’esprit. Ironie de l’histoire, cette sombre querelle était plus proche des guerres de religion que les philosophes des Lumières avaient tant condamnées.
La loi de 1905 fut le compromis politique permettant de mettre fin à cette pièce qui avait mal tourné ; Elle n’a pas changé la nature humaine, mais elle a créé un cadre permettant de calmer les passions.
Nous sommes en 2008. Les sociétés ont profondément changé. Le paysage religieux aussi. Les droits de l’homme sont une notion plus réelle, plus tangible, et plus partagée à l’échelle mondiale. Les idéaux des philosophes du XVIII° siècle ont fait un chemin considérable. Ne pourrait-on en conserver l’essentiel, à savoir la vigilance face aux passions et le recours à la Raison ?
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Faut-il avoir peur de ce que l’on ne connaît pas ?
25.7.2007 par dgounord.
En cette époque de conformisme, beaucoup ont du mal à comprendre l’adhésion de certaines personnes à des idées et des façons d’être différentes de celles adoptées par la plupart de leurs contemporains.
Cette suspicion a conduit certains à qualifier arbitrairement de « sectes » des émergences généralement spirituelles ou culturelles qui leur déplaisent à priori. Ce mot n’est alors qu’une étiquette péjorative collée sur ces mouvements, transformant leurs membres ipso facto en parias ou en délinquants.
Ce phénomène n’est pas nouveau, on peut même dire qu’il est aussi vieux que le monde car : ce qui est nouveau fait peur.
L’émergence de nouveaux mouvements philosophiques a toujours été vue par la société comme un danger à éliminer. En effet, ils remettent en question les croyances et l’autorité établies. Il en fut ainsi de Socrate dont l’honnêteté intellectuelle fut perçue comme un défi à l’ordre établi et entraîna sa mort.
À l’époque romaine, le mot « secte » a été utilisé dans un sens péjoratif par les Juifs pour désigner le Christianisme naissant. Lorsque Saint Paul comparait devant le proconsul Félix, on se réfère à lui dans les termes suivants: « Nous avons trouvé cet homme ; c’est une peste, un homme qui incite aux troubles parmi les juifs dans le monde entier, un chef de la secte des nazaréens… » (Actes, XXIV, 5 et 14).
Lorsque le Christianisme atteint Rome, la société romaine le rejette vivement de crainte qu’il ne mette en péril les valeurs sociales et religieuses traditionnelles. Le message du Christ est perçu comme un manifeste dangereusement révolutionnaire et la répression se déchaine entrainant dans son sillage les persécutions et le supplice des martyrs.
Depuis, on utilise couramment le mot « secte » au sens péjoratif pour qualifier tout mouvement nouveau dont on se méfie à priori et par ignorance.
Du fait de la connivence totale entre l’Eglise et le pouvoir politique, celui qui passait pour avoir des idées étranges ou différentes courait le risque d’être accusé d’hérésie ou même de sorcellerie et risquait le bûcher. A l’aube du second millénaire, les Cathares, les Vaudois et tous ceux qui mettaient en cause les abus et les égarements de l’Eglise en aspirant à une vraie spiritualité en dehors du pouvoir temporel et des calculs politiques, ont été durement réprimés par l’Inquisition.
Au XVI et XVIIème siècles apparaissent de nouveaux signes de dissidence, l’Eglise Catholique de Rome est mise en cause par des nombreux théologiens. Cette fronde donne naissance au protestantisme. Il s’agit d’une réforme de fond de la pratique religieuse chrétienne, d’un retour aux sources (la Bible) et à la simplicité, loin des fastes et des excès de la cour papale et du clergé catholique.
Lorsque le pape Léon X commence la vente des indulgences (le rachat de ses péchés en argent comptant) Martin Luther se révolte, le 31 octobre 1517 il appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte du château de Wittenberg, insolence qui lui vaudra de se faire excommunier à peine trois ans plus tard. Cette fois-ci Rome ne réussira pas à étouffer la grogne dans l’œuf, l’Eglise ne pourra pas exterminer ses objecteurs comme au XIIme siècle, la Réforme s’étend dans le nord de l’Europe, les Princes allemands adoptent le Luthéranisme et confisquent les biens de l’Eglise. Calvin reprend les théories de Luther tout en insistant sur certains éléments comme celui de la « gloire du Seigneur », il doit quitter la France à cause des persécutions et se réfugie en Suisse. Les protestants payeront un lourd tribut en France. Le Calvinisme va prendre pied et s’enraciner en Suisse, aux Pays-Bas et en Ecosse.
Nombre de Français vont se convertir au protestantisme. La résistance contre ce nouveau mouvement donnera lieu à huit guerres dites « de religion », trente années de trêves et de massacres et deux millions de victimes directes et indirectes.
En 1598, Henry IV signe l’Edit de Nantes et pose les bases d’un état moderne. Cet édit constitue un modèle de tolérance dans le cadre d’une monarchie forte et centralisatrice il anticipe admirablement les valeurs républicaines. Le catholicisme n’est plus exigé pour avoir un état civil ou pour occuper une charge.
Le roi fait respecter la liberté de conscience de ses sujets et leur impose la cohabitation dans son royaume, jetant ainsi les bases de la laïcité.
En 1685, Louis XIV va supprimer la liberté de culte aux Protestants en révoquant l’Edit de Nantes. Tout est prétexte à la démolition des temples, les temples sont rasés, aux pasteurs envoyés en exil. Les frontières sont alors fermées. Nombreux seront ceux qui, attachés à leur foi, et n’étant pas partis en exil dans les pays du « Refuge » (Suisse, Allemagne, Hollande, Angleterre, …), se réuniront « au Désert », à l’abri des regards, dans des endroits cachés, pour célébrer le culte interdit, organisant une “église de l’ombre”, clandestine, pendant plus d’un siècle en risquant la mort, les galères ou la prison à vie.
Cette page d’histoire concerne toute la France mais a marqué particulièrement le Languedoc et les Cévennes, où, dès le début du XVIème siècle, le protestantisme s’est largement implanté.
Il faudra attendre la Révolution Française pour que soient proclamés la liberté de conscience et le libre exercice du culte.
Rappelons cependant qu’à la fin du XIXème siècle, lorsque la congrégation protestante L’Armée du Salut commença ses quêtes dans la rue, ses membres furent emprisonnés et le mouvement interdit. 100 ans plus tard, ils sont intégrés dans la société et reconnus d’utilité publique.
Ainsi vont les idées nouvelles ; elles sont attaquées, rejetées, discréditées et leurs partisans expulsés ou emprisonnés. Pratiquement chaque nouveau mouvement a été, à ses débuts, pris à parti et qualifié de « secte ». La Franc-maçonnerie elle-même, n’échappe pas à cette règle. Il ne faudrait pas oublier qu’autrefois, quand on parlait de « la secte », on se référait tout simplement aux francs-maçons. Quant à la Scientologie elle en subit encore les revers.
Sources :
http://www.herodote.net
http://fr.wikipedia.org
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Ne touchez pas à nos enfants !
14.5.2007 par dgounord.
La récente affaire des « voleurs de cubes » a levé un coin de voile sur un danger qui guette la société française, un danger d’autant plus grave qu’il a su se rendre discret, très discret …
Les faits méritent d’être rappelés. L’an dernier, dans sa préparation d’un projet de loi sur la prévention de la délinquance, le gouvernement s’est appuyé sur un rapport de l’INSERM … prônant un dépistage psychiatrique précoce. Les réactions nombreuses et fortes, venues aussi bien du corps médical que de multiples associations et largement relayées par la presse, ont fait reculer le projet sur ce point. Mais l’espace d’un instant, un monstre tapi dans l’ombre, attendant le moment opportun pour bondir, a pu être aperçu.
Ce monstre, c’est l’eugénisme : une idéologie fondée sur la définition du « normal » et le traitement ou l’élimination des populations ne répondant pas aux critères de normalité. L’eugénisme a connu ses heures de gloire durant la brève Europe hitlérienne (purification ethnique, élimination des handicapés physiques ou des malades mentaux), et l’on pouvait le croire défunt.
Hélas ! Le paravent scientifique s’est modernisé, on ne parle plus de caractéristiques physiques mais de gènes. La pseudo-objectivité scientifique s’est déplacée également, désormais le comportement vaut preuve. L’alibi démagogique s’est mis au goût du jour, c’est aujourd’hui la lutte contre la délinquance. Les solutions, enfin, sont devenues rentables : le traitement sera chimique, et durable.
L’eugénisme a disparu du vocabulaire actuel, c’est d’ailleurs l’une de ses forces, mais il perdure dans les ambitions d’organismes qui ont su se parer – comme autrefois – de costumes scientifiques.
Ces groupes ont cru qu’ils tenaient leur chance, mais en ciblant nos enfants ils ont commis une double erreur : non seulement ils ont créé une réaction immédiate, mais en même temps ils se sont dévoilés. Les projecteurs vont de plus en plus se tourner vers eux et vers leurs sombres agissements. Qu’allons-nous encore découvrir ?
Pour toute question ou commentaire : dgounord@gmail.com
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La MIVILUDES sous surveillance de l’ONU
22.2.2007 par dgounord.

Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté de religion ou de conviction a sévèrement critiqué la France pour “les différentes mesures prises au niveau gouvernemental et parlementaire à la fin des années 90 [qui] ont porté atteinte au droit à la liberté de religion ou de conscience et créé de réelles inquiétudes liées à l’intolérance religieuse.” Le Rapporteur, Mme Asma Jahangir, qui a visité la France à l’automne dernier, a rencontré des membres du gouvernement et des représentants de différentes religions, y compris l’Eglise de Scientologie. Tout en reconnaissant que les autorités françaises ont depuis tenté de “redresser la barre”, elle ajoute néanmoins : “Après la fin de sa visite, le Rapporteur spécial a été informé que, suite à de nouvelles nominations, la MIVILUDES, serait sur le point de revenir à une ligne plus dure….” Malheureusement, le contenu du rapport publié en avril dernier par la MIVILUDES confirme le choix de cette ligne dure. Il faut prendre au sérieux le risque bien réel que ce rapport, qui s’ouvre sur un rappel de la « douloureuse affaire » de l’OTS, ne déclenche une nouvelle chasse aux sorcières fondée sur des peurs irrationnelles et l’amalgame entre le Temple Solaire et les nouvelles religions.
A travers des déclarations susceptibles d’encourager l’intolérance et la discrimination, le président de la MIVILUDES met la France dans une position incompatible avec ses engagements internationaux sur les droits de l’homme.
La mise sous surveillance annoncée par le Rapporteur, qui a marqué son intention de “continuer à observer attentivement les différentes tentatives qui sont entreprises par la MIVILUDES”, est donc plus que jamais nécessaire. Le Rapporteur recommande également que les futures actions de la MIVILUDES respectent le droit à la liberté de religion et que la mission « évite les erreurs passées ».
Les conclusions du Rapporteur contiennent des déclarations sans ambiguïté sur la façon dont la liberté de religion et de croyance a été remise en cause :
* “La stigmatisation des membres [de groupes religieux] a conduit à certaines formes de discrimination, en particulier vis-à-vis de leurs enfants.”
* “La politique du gouvernement a pu contribuer à un climat de suspicion généralisée et d’intolérance à l’encontre de ces communautés….”
* “La politique et les mesures adoptées par les autorités françaises ont créé des situations où le droit à la liberté de religion ou de croyance des membres de ces groupes a été limité sans raison.”
Nous accueillons avec satisfaction ce rapport et l’appel lancé par le Rapporteur pour que la MIVILUDES ne retombe pas dans les erreurs passées. Les abus décrits par le Rapporteur sont le résultat d’une campagne d’intolérance menée par quelques groupuscules anti-religieux subventionnés à plus de 90% par des fonds publics. Il ne faut en aucun cas encourager ces groupes à tenter de faire resurgir des pratiques intolérantes écartées par le gouvernement depuis mai 2005, avec la circulaire recommandant l’abandon de toute référence à la liste noire des mouvements philosophiques et religieux.”
Réfutation des allégations mensongères du rapport de la Miviludes
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INFORMATION : Où est l’erreur ?
15.4.2006 par dgounord.
La commission des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a rendu public le 30 Mars 2006 le rapport d’une « Mission en France » sur la liberté de religion et de conviction, rapport qui s’achève sur une série de recommandations au gouvernement français. Combien de téléspectateurs assidus ou de lecteurs consciencieux de la presse française étaient-ils au courant que notre pays pose problème, sur la scène internationale, en matière de respect des droits de l’homme, et plus précisément de tolérance à l’égard des minorités religieuses ?
Le cinéaste Yves Boisset a réalisé un documentaire très fouillé, diffusé en Suisse (fin Janvier 2006) et en France (le 2 février 2006 sur France 2), sur les meurtres dont ont été victimes, au Canada, en Suisse et en France, un certain nombre de membres de l’Ordre du Temple Solaire. S’il reste bien des mystères sur cette affaire aux relents de services secrets, de partis politiques et de blanchiment d’argent, une chose est certaine : ce furent des assassinats. Pourtant, la thèse du « suicide collectif » a été promue, contre les déclarations des familles et d’enquêteurs, et contre toute évidence, à longueur d’articles et d’émissions de radio ou de télévision.
Confrontés au problème d’enfants difficiles, de nombreux parents et enseignants voient se généraliser des traitements à base de psychotropes recommandés comme efficaces et sans danger. Pourtant, dans de nombreux pays y compris en France, on ne compte plus les organismes officiels ou les spécialistes qui tentent de faire savoir que le remède est pire que le mal, et que ces prétendus médicaments sont en réalité des drogues aux effets secondaires désastreux…mais ces informations, provenant des sources les plus autorisées, ont le plus grand mal à atteindre le grand public.
Où est l’erreur ? Si le mensonge est vieux comme le monde, les techniques de communication et la capacité de diffusion lui donnent aujourd’hui une puissance nouvelle. Pour lutter contre la désinformation - une société peut-elle survivre avec une vision brouillée ?- on peut agir en amont et en aval.
En amont, il y a le journalisme d’investigation. Non pas celui qui se contente de répéter des versions préfabriquées pour des raisons plus ou moins nobles, mais celui qui enquête véritablement, qui va à la source, qui relève indices et anomalies, qui cherche à identifier ce qui se passe vraiment. C’est ce que nous nous efforçons de réaliser dans le cadre d’Éthique et Liberté, soit directement, soit en nous faisant l’écho d’investigations sérieuses comme par exemple celle d’Yves Boisset sur l’OTS.
Mais on peut aussi agir en aval, en se fondant sur le fait qu’il n’y a pas de désinformateur sans désinformé. L’antidote se situe à l’échelle individuelle, par la culture, la capacité de réflexion et de jugement, l’exercice de l’esprit critique. D’où l’importance de l’éducation, et le drame de son déclin actuel. En dernier ressort - et l’école de la IIIème République l’a bien montré - l’avenir d’une société passe par la qualité de l’enseignement donné à ses jeunes générations. Toutes les initiatives dans ce secteur sont non seulement bienvenues mais vitales, et c’est un autre sujet important pour l’équipe d’Éthique et Liberté.
Chaque époque présente ses propres défis. Il semble que la nôtre exige un courage de type nouveau, celui de rester en permanence vigilant face à une information dont la puissance redoutable n’est pas nécessairement synonyme de vérité.
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Déments parmi les déments
20.11.2005 par dgounord.
(Editorial Ethique et Liberté N°37)
C’est devenu une banalité de dire que notre vie quotidienne a été radicalement modifiée par la science. Les adolescents de notre début du XXIe siècle auraient bien du mal à imaginer une société sans avions, sans internet, sans portables… ou sans lave-vaisselle. Les sciences dites « dures » et les technologies qui les prolongent ont entamé un progrès dont le rythme émerveillerait encore un Jules Verne.
Mais les sciences de la matière, autre banalité, ont largement distancé dans nos sociétés tout ce qui concerne la connaissance de l’esprit humain. Dangereux déséquilibre qui se manifeste à deux niveaux.
Sur le problème de fond, sur l’ambition qui consisterait à réduire l’écart entre la connaissance de l’esprit et celle de la matière, ce n’est pas un hasard si l’on assiste à l’émergence de nombreux courants de pensée - où l’on côtoie peut-être le plus fondé et le plus fantaisiste - et de nouveaux courants religieux. Cette effervescence me paraît procéder d’une nécessité objective, et respecter la logique d’abondance propre à toute fermentation avant que ne s’impose clairement une ligne de progrès.
Mais il y a un autre niveau, plus concret, plus immédiat, peut-être plus grave aussi à l’échelle quotidienne, où se manifeste également le retard des sciences humaines sur celles de la matière. Dans le domaine de la « santé mentale » en effet, c’est à la psychiatrie que nos sociétés ont confié la charge de ceux qui basculent, momentanément ou durablement, dans la démence. Or cette fonction sociale n’est pas remplie comme elle le devrait.
Tout d’abord, le vocabulaire a été détourné de son sens original. Etymologiquement, le psychiatre est le médecin de l’âme. Sa solution la plus courante aujourd’hui est la molécule qui agira sur le cerveau ou sur le système nerveux. Où est passée l’âme ? Etre matérialiste avec la matière, cela procède d’une démarche scientifique bien comprise. Mais face à la richesse émotionnelle du vécu et aux tensions ou déséquilibres possibles, répondre par des injections de substances chimiques est assurément réducteur !
Admettons qu’il y ait nécessité sociale face aux dangers que pourraient représenter certaines démences, mais ne prétendons pas qu’il y ait là une quelconque médecine de l’âme.
Ensuite, ce qui est le plus fréquemment relevé dans les enquêtes ou à l’occasion des scandales, c’est le caractère souvent inhumain des traitements psychiatriques ou des conditions de vie des patients. Cruel paradoxe ! Alors que l’on pourrait penser que toute folie implique une part de souffrance, présente ou passée, pense-t-on que c’est en infligeant encore plus de souffrance que l’on va guérir ceux qui ont « décroché » ? Au-delà de cette question qui me semble de bon sens mais qui relève plus de ma part du sentiment, il reste que l’inhumanité est de toute façon inadmissible, et que la procédure d’internement, si elle a une fonction de protection de la société, ne saurait être une mesure de punition.
Si ceux qui sont en charge de la « santé mentale » se livrent à des abus dans leurs propres murs, au mépris le plus criant des droits de l’homme, sont-ils encore sains eux-mêmes ?
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Prosélytisme versus exubérance
7.1.2005 par dgounord.
C’est la notion implicite de conversion qui rend le terme prosélytisme inadéquat lorsqu’il s’agit de définir les causes de l’essor que connaît la Scientologie depuis maintenant plus de quarante ans dans le monde entier.
De fait, dans cette religion nouvelle, il ne s’agit pas de convertir qui que ce soit à quoi que ce soit.
D’inspiration bouddhiste, la Scientologie propose une voie vers la connaissance qui demande une recherche personnelle par l’étude, mais qui est accessible à des personnes de toute obédience. Religion non révélée, elle postule l’existence d’un Etre suprême ou Infini, mais laisse à chacun la liberté de le découvrir pour soi.
La Scientologie permet l’accès à la liberté totale pour l’individu. Elle est par conséquent opposée à tous les intégrismes, et ouverte à toutes les convictions.
Bien que ses ministres célèbrent des mariages, des baptêmes, des funérailles et des services du dimanche, la pratique de la Scientologie se traduit dans la vie quotidienne non pas par le rite, mais par l’action. Elle lie ainsi le temporel avec le spirituel et se distingue par une attitude résolument positive envers la vie.
Cette attitude et le savoir-faire des scientologues dans l’amélioration des conditions d’existence n’échappent pas à leur entourage.
Dans un monde marqué par la morosité et l’inquiétude, l’initiative et la fraîcheur de point de vue des scientologues créent un contrepoint d’espoir.
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Laïcité : tout est dit
20.1.2004 par dgounord.
La Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République a sans aucun doute fait un travail remarquable en rappelant les principes dans leur force et leur simplicité. Dans un débat difficile, les auteurs du rapport ont eu la sagesse de s’appuyer sur ceux-ci pour analyser les complexités qui sont le propre de toute situation réelle.
J’ai plaisir à citer in extenso un passage de ce rapport :
« La laïcité, pierre angulaire du pacte républicain, repose sur trois valeurs indissociables : liberté de conscience, égalité en droit des options spirituelles et religieuses, neutralité du pouvoir politique. La liberté de conscience permet à chaque citoyen de choisir sa vie spirituelle ou religieuse. L’égalité en droit prohibe toute discrimination ou contrainte et l’Etat ne privilégie aucune option. Enfin le pouvoir politique reconnaît ses limites en s’abstenant de toute immixtion dans le domaine spirituel ou religieux. La laïcité traduit ainsi une conception du bien commun. Pour que chaque citoyen puisse se reconnaître dans la République, elle soustrait le pouvoir politique à l’influence dominante de toute option spirituelle ou religieuse, afin de pouvoir vivre ensemble. »
Nul n’ignore que le débat sur la laïcité s’est cristallisé autour de l’Islam et de la question du voile. Mais il s’agit de principes généraux et le rapport Stasi porte sur la laïcité en général.
Les positions claires et sans ambiguïté rappelées dans le rapport sont par conséquent une bonne nouvelle pour les religions minoritaires.
C’est, peut être, une page triste de notre histoire qui est en train d’être tournée. Peut-on en effet avoir un autre sentiment qu’une infinie tristesse au moment om le tout dernier rapport de la Fédération d’Helsinki à l’OSCE cite une nouvelle fois la France pour son non-respect de la liberté religieuse ?
Discrimination par une liste noire de 172 mouvements religieux ou spirituels jetés en pâture à l’opinion publique, interventionnisme de l’Etat par le financement de groupes qui luttent ouvertement contre les religions qui ne leur plaisent pas, menaces ouvertes par une législation d’exception (la loi About-Picard de 2001), cette dérive française se heurte désormais au principe réaffirmé de la laïcité.
Certes, il y aura toujours des esprits à l’imagination tortueuse pour prétendre que ces groupes ne sont pas des religions et ainsi tenter de vider les principes de leur contenu. Mais ceux-là oublient deux choses : d’abord leur histoire lointaine – dans toute guerre de religion, on commençait par décréter que l’autre était une prétendue religion, et ensuite leur histoire proche – la laïcité fut justement la solution pour que l’Etat soit neutre sur ce terrain et que la liberté de chacun soit respectée.
La façon dont les problèmes ont été débattus est une bonne nouvelle pour toutes les religions. Tout a été dit, et bien dit, sur la laïcité.
Une loi était-elle nécessaire ?
Ce n’est pas à moi d’en juger.
Mais il faut un retour à un véritable respect du plus fondamental des droits humains, la liberté de croyance, permettant ainsi aux religions de jouer pleinement leur rôle pour favoriser le dialogue, la paix, et la tolérance dans une société plus solidaire. Un enseignement du fait religieux à l’école, accompagné d’une véritable éducation à la tolérance, me semble le meilleur rempart face à la montée des extrémismes de toutes sortes.
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