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Archive pour 7.1.2009

SAVOIR RAISON GARDER…

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Deux discours du Président de la République, celui de Latran en décembre 2007 puis celui de Ryad en janvier 2008, ont soulevé bien des polémiques et bien du tumulte. L’actualité a rapidement glissé vers d’autres sujets, mais le feu se rallumera, cela ne fait aucun doute, à la première étincelle.

Quel est donc ce sujet si explosif ? La religion, tout simplement, sa place dans notre société. Dès que le terme de laïcité est prononcé, ou que la loi de 1905 est évoquée, il semble que de vieux conflits, de vieilles passions se réveillent.

J’ai eu la curiosité de lire en détail la loi de 1905. Certes, les nombreuses références à la loi du 18 germinal an X lui confèrent un parfum d’archaïsme. De même, le paysage religieux qui est traité dans cette loi est clairement d’un autre âge. Mais ce qui me paraît fascinant, c’est le bruit et la fureur autour de la question. Je ne sais pas s’il est important ou même utile de rajeunir la loi de 1905, mais je ne vois pas non plus en quoi cela serait choquant.

Pour tout dire, si la laïcité signifie une véritable neutralité de l’Etat, et par conséquent si l’appareil législatif et réglementaire ne menace pas les convictions philosophiques, religieuses ou spirituelles de chacun, les choses me vont bien en l’état. Et c’est là tout mon étonnement : pourquoi tant d’émotion ?

Il me semble que l’explication réside dans les racines historiques de la loi de 1905, qui fut l’aboutissement d’une longue et difficile évolution.

Premier acte, les philosophes des Lumières. En langage moderne, on les qualifierait d’écrivains engagés. Ils avaient en commun de promouvoir la Raison : pour eux, les guerres – de territoire ou de religion – provenaient des passions, tandis que la raison était le seul guide légitime des individus et des sociétés. Ils avaient aussi en commun de lutter contre les pouvoirs qu’ils jugeaient opprimants de l’Eglise et de la Monarchie.

Deuxième acte, la révolution française avec les idéaux républicains et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Troisième acte, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, un anticléricalisme farouche emportait la société française dans une forte tempête politique, au nom d’une Raison qui se revendiquait des philosophes des Lumières, mais qui en avait perdu la flamme profondément humaniste et la grandeur d’esprit. Ironie de l’histoire, cette sombre querelle était plus proche des guerres de religion que les philosophes des Lumières avaient tant condamnées.

La loi de 1905 fut le compromis politique permettant de mettre fin à cette pièce qui avait mal tourné.

Elle n’a pas changé la nature humaine, mais elle a créé un cadre permettant de calmer les passions. Aussi est-il incroyablement anachronique – mais inquiétant – que  le président de la MIVILUDES, dans son rapport de 2008 sur les « dérives sectaires », s’attache à raviver de vieilles querelles sans issue, et à remettre en cause sinon dans la lettre du moins dans l’esprit, la neutralité et la non – ingérence  de l’Etat dans les questions religieuses.

Les idéaux des philosophes du XVIIIe siècle ont fait un chemin considérable. Ne pourrait-on en conserver l’essentiel, à savoir la vigilance face aux passions et le recours à la Raison ?

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