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Archive pour 20.11.2005

Déments parmi les déments

daniele-blog.jpg(Editorial Ethique et Liberté N°37)

C’est devenu une banalité de dire que notre vie quotidienne a été radicalement modifiée par la science. Les adolescents de notre début du XXIe siècle auraient bien du mal à imaginer une société sans avions, sans internet, sans portables… ou sans lave-vaisselle. Les sciences dites « dures » et les technologies qui les prolongent ont entamé un progrès dont le rythme émerveillerait encore un Jules Verne.

Mais les sciences de la matière, autre banalité, ont largement distancé dans nos sociétés tout ce qui concerne la connaissance de l’esprit humain. Dangereux déséquilibre qui se manifeste à deux niveaux.

Sur le problème de fond, sur l’ambition qui consisterait à réduire l’écart entre la connaissance de l’esprit et celle de la matière, ce n’est pas un hasard si l’on assiste à l’émergence de nombreux courants de pensée - où l’on côtoie peut-être le plus fondé et le plus fantaisiste - et de nouveaux courants religieux. Cette effervescence me paraît procéder d’une nécessité objective, et respecter la logique d’abondance propre à toute fermentation avant que ne s’impose clairement une ligne de progrès.

Mais il y a un autre niveau, plus concret, plus immédiat, peut-être plus grave aussi à l’échelle quotidienne, où se manifeste également le retard des sciences humaines sur celles de la matière. Dans le domaine de la « santé mentale » en effet, c’est à la psychiatrie que nos sociétés ont confié la charge de ceux qui basculent, momentanément ou durablement, dans la démence. Or cette fonction sociale n’est pas remplie comme elle le devrait.

Tout d’abord, le vocabulaire a été détourné de son sens original. Etymologiquement, le psychiatre est le médecin de l’âme. Sa solution la plus courante aujourd’hui est la molécule qui agira sur le cerveau ou sur le système nerveux. Où est passée l’âme ? Etre matérialiste avec la matière, cela procède d’une démarche scientifique bien comprise. Mais face à la richesse émotionnelle du vécu et aux tensions ou déséquilibres possibles, répondre par des injections de substances chimiques est assurément réducteur !

Admettons qu’il y ait nécessité sociale face aux dangers que pourraient représenter certaines démences, mais ne prétendons pas qu’il y ait là une quelconque médecine de l’âme.

Ensuite, ce qui est le plus fréquemment relevé dans les enquêtes ou à l’occasion des scandales, c’est le caractère souvent inhumain des traitements psychiatriques ou des conditions de vie des patients. Cruel paradoxe ! Alors que l’on pourrait penser que toute folie implique une part de souffrance, présente ou passée, pense-t-on que c’est en infligeant encore plus de souffrance que l’on va guérir ceux qui ont « décroché » ? Au-delà de cette question qui me semble de bon sens mais qui relève plus de ma part du sentiment, il reste que l’inhumanité est de toute façon inadmissible, et que la procédure d’internement, si elle a une fonction de protection de la société, ne saurait être une mesure de punition.
Si ceux qui sont en charge de la « santé mentale » se livrent à des abus dans leurs propres murs, au mépris le plus criant des droits de l’homme, sont-ils encore sains eux-mêmes ?

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