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SUSPECTE PARCE QUE HORS NORMES

(Article paru dans la Voix du Nord le 23 Novembre 2005)

Le vent semble tourner pour l’ADFI qui est aujourd’hui dans le colimateur de la justice:
Manifestation hier devant les locaux de l’ADFI
Une petite centaine de manifestants ont installé leurs banderoles hier place Sébastopol à Lille devant les bureaux de l’ADFI (association de défense de la famille et de l’individu). Un mouvement de colère à quelques jours du jugement qui doit être rendu par le tribunal de Paris concernant la demande de dissolution de l’UNADFI (union nationale) et l’ADFI (antenne régionale) déposée par une dizaine d’avocats liés à l’association «Cap pour la liberté de conscience».

Demain jeudi, une autre manifestation du même genre est prévue à Amiens et le délibéré doit être rendu à Paris mardi. D’un côté l’association de lutte contre les sectes, de l’autre des associations ou des mouvements se présentant comme des victimes du «zèle» de l’ADFI. Parmi ces «victimes », Thierry Becourt, porte-parole de Cap LC, appelant à la dissolution de l’ADFI: «Cette association, reconnue d’utilité publique qui fête péniblement ses trente ans fonctionne à 95% sur des subventions d’État. Or, nous nous demandons sur quels critères nous nous trouvons épinglés? Parce qu’on brûle de l’encens, qu’on croit à la réincarnation, qu’on refuse les vaccins ? Parce qu’on est hors de la norme tout simplement? En quoi une association loi 1901 peut-elle dénoncer, surveiller?»

Parmi les manifestants, certains optent pour un refus de s’exprimer. D’autres, comme Hugues Leroy pour le comité de soutien au docteur Gueniot (dont l’épouse était présente) manifestent aussi leur colère. Quelques patients soignés en Belgique et quelques collègues de l’homéopathe (toujours interdit d’exercice) disaient leur désarroi de faire partie des «dommages collatéraux» de son arrestation (interruption brutale de leur traitement). « Où est la liberté de choix dans les thérapeutiques médicales?», demande une homéopathe installée à Lille. Charline Delporte, présidente de l’ADFI habituée des manifestations mettant en cause son association, s’est dite «ouverte à toute proposition de discussion ».

Déments parmi les déments

daniele-blog.jpg(Editorial Ethique et Liberté N°37)

C’est devenu une banalité de dire que notre vie quotidienne a été radicalement modifiée par la science. Les adolescents de notre début du XXIe siècle auraient bien du mal à imaginer une société sans avions, sans internet, sans portables… ou sans lave-vaisselle. Les sciences dites « dures » et les technologies qui les prolongent ont entamé un progrès dont le rythme émerveillerait encore un Jules Verne.

Mais les sciences de la matière, autre banalité, ont largement distancé dans nos sociétés tout ce qui concerne la connaissance de l’esprit humain. Dangereux déséquilibre qui se manifeste à deux niveaux.

Sur le problème de fond, sur l’ambition qui consisterait à réduire l’écart entre la connaissance de l’esprit et celle de la matière, ce n’est pas un hasard si l’on assiste à l’émergence de nombreux courants de pensée - où l’on côtoie peut-être le plus fondé et le plus fantaisiste - et de nouveaux courants religieux. Cette effervescence me paraît procéder d’une nécessité objective, et respecter la logique d’abondance propre à toute fermentation avant que ne s’impose clairement une ligne de progrès.

Mais il y a un autre niveau, plus concret, plus immédiat, peut-être plus grave aussi à l’échelle quotidienne, où se manifeste également le retard des sciences humaines sur celles de la matière. Dans le domaine de la « santé mentale » en effet, c’est à la psychiatrie que nos sociétés ont confié la charge de ceux qui basculent, momentanément ou durablement, dans la démence. Or cette fonction sociale n’est pas remplie comme elle le devrait.

Tout d’abord, le vocabulaire a été détourné de son sens original. Etymologiquement, le psychiatre est le médecin de l’âme. Sa solution la plus courante aujourd’hui est la molécule qui agira sur le cerveau ou sur le système nerveux. Où est passée l’âme ? Etre matérialiste avec la matière, cela procède d’une démarche scientifique bien comprise. Mais face à la richesse émotionnelle du vécu et aux tensions ou déséquilibres possibles, répondre par des injections de substances chimiques est assurément réducteur !

Admettons qu’il y ait nécessité sociale face aux dangers que pourraient représenter certaines démences, mais ne prétendons pas qu’il y ait là une quelconque médecine de l’âme.

Ensuite, ce qui est le plus fréquemment relevé dans les enquêtes ou à l’occasion des scandales, c’est le caractère souvent inhumain des traitements psychiatriques ou des conditions de vie des patients. Cruel paradoxe ! Alors que l’on pourrait penser que toute folie implique une part de souffrance, présente ou passée, pense-t-on que c’est en infligeant encore plus de souffrance que l’on va guérir ceux qui ont « décroché » ? Au-delà de cette question qui me semble de bon sens mais qui relève plus de ma part du sentiment, il reste que l’inhumanité est de toute façon inadmissible, et que la procédure d’internement, si elle a une fonction de protection de la société, ne saurait être une mesure de punition.
Si ceux qui sont en charge de la « santé mentale » se livrent à des abus dans leurs propres murs, au mépris le plus criant des droits de l’homme, sont-ils encore sains eux-mêmes ?

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